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Economie

L’Afrique face à l’influence chinoise et russe

L’influence géopolitique en Afrique est en constante évolution, avec la montée en puissance de nouveaux acteurs tels que la Chine et la Russie. Ces deux pays ont intensifié leurs engagements économiques, politiques et sécuritaires sur le continent africain au cours des dernières décennies, suscitant à la fois des espoirs et des préoccupations parmi les observateurs internationaux.

Expansion économique

La Chine est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Afrique, surpassant même les États-Unis dans certains domaines. En 2019, le volume des échanges sino-africains s’élevait à plus de 200 milliards de dollars. Les investissements chinois dans les infrastructures africaines ont également été massifs, avec des projets allant de la construction de routes et de chemins de fer à la mise en place de réseaux de télécommunications. Par exemple, le projet Belt and Road Initiative (BRI) de la Chine a investi des milliards de dollars dans des projets d’infrastructures en Afrique, offrant des opportunités de développement mais soulevant également des questions sur la dette et la durabilité environnementale.

De son côté, la Russie a également intensifié ses relations économiques avec l’Afrique. Bien que ses investissements soient généralement plus modestes que ceux de la Chine, la Russie s’engage dans des secteurs tels que l’énergie, les mines et l’agriculture. Par exemple, la société russe Rosatom participe à la construction de centrales nucléaires en Afrique, offrant ainsi une alternative aux sources d’énergie traditionnelles.

Diplomatie et coopération politique

La Chine et la Russie ont renforcé leur présence diplomatique en Afrique, cherchant à élargir leur influence politique dans la région. Ils ont utilisé des forums multilatéraux tels que le Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) et le Sommet Russie-Afrique pour renforcer leurs liens avec les gouvernements africains. Ces initiatives ont souvent été accompagnées d’aide au développement, de prêts avantageux et de programmes de coopération militaire.

I. L’influence russe : une aide financière et militaire

A. Une aide financière ouvrant l’accès à l’exploitation des ressources naturelles dans le Nord

  • En Libye, la Russie a décidé de participer à la construction des chemins de fer sur la ligne Syrte-Benghazi en fournissant du matériel (rails) russe. Elle a aussi accepté d’effacer la dette libyenne de 4,6 milliards de dollars en échange d’un achat de 3 milliards de dollars d’équipements militaires. De plus, les discussions sont ouvertes depuis 2021 concernant la possibilité d’installation d’une base russe en Libye.
  • En Algérie, Vladimir Poutine a proposé la suppression de la dette algérienne de 4,7 milliards de dollars en échange de la signature d’accords gaziers et d’armement.
  • Enfin au Maroc, la Russie a signé en 2016 des accords de coopération économique.
  • La construction de la centrale nucléaire de Rosatom à El Dabaa en Égypte, qui vise à diversifier les sources d’énergie du pays.
  • La fourniture d’armes russes au gouvernement centrafricain dans le cadre d’un accord de coopération militaire, malgré les préoccupations concernant les violations des droits de l’homme dans le pays.

Ces régions ne sont pas les seules à attirer la Russie. L’Afrique de l’Est est aussi très importante pour le pays, où Moscou, au travers d’entreprises russes comme M Invest ou Meroe Gold, exploite les sous-sols riches en or, gaz, aluminium ou encore uranium.

B. Des accords militaires au Sahel

Le commerce et la coopération sécuritaire sont des points clés de la présence russe en Afrique.

  • Après le coup d’État égyptien de 2013, la Russie a développé une coopération militaire importante et vendu des armes au pays. En 2018, le président égyptien Abdel-Fattah Al-Sisi a cosigné avec Vladimir Poutine un traité de partenariat stratégique afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis et de l’Europe. Néanmoins, depuis 2020, Al-Sissi semble mener une politique mixte dans ses relations internationales. Après avoir condamné l’invasion russe en Ukraine, en accord avec la diplomatie européenne et américaine, l’administration d’Al-Sisi semble aujourd’hui soutenir les positions russes en refusant de lui infliger des sanctions.
  • Au Nigéria, la Russie soutient la lutte contre Boko Haram en vendant des armes et en proposant des formations militaires aux soldats nigérians.
  • Depuis la crise de Crimée en 2014, la Russie et plusieurs pays d’Afrique comme Madagascar, le Mali ou le Congo, ont signé des accords comprenant des formations militaires, l’approvisionnement de matériel militaire, des exercices communs et une lutte contre le terrorisme et la piraterie. Cela assure à la Russie la fidélité de potentiels alliés en cas d’escalade des tensions dans ses relations avec l’Occident.
  • En 2019, le Soudan et Moscou ont signé un accord permettant à la Russie de construire une base capable d’accueillir ses navires à propulsion nucléaire[6]. Cette position est importante pour la Russie puisque les abords très convoités de la mer Rouge sont le théâtre d’un jeu d’influence entre les pays de la région (pays du Golfe ou encore Égypte), mais aussi les puissances occidentales qui y possèdent des bases militaires (France ou Italie).

II. L’influence chinoise : accords commerciaux et soft power

stratégies d'influence russe et chinoise en Afrique-2
Infographie : Blanche Lambert - AB Pictoris

Plus de 8 000 entreprises chinoises font des progrès significatifs sur le continent africain, plongeant dans des secteurs clés et ouvrant un monde d’opportunités et de collaborations. Voici un aperçu de cette vaste empreinte :

  • Infrastructure : Des géants comme le CRBC, le CHEC et le CCECC
  • Énergie : CNPC, Sinopec et CNOOC dynamisent le continent
  • Exploitation minière : CNMC, CSI et autres
  • Tech et e-commerce : D’Alibaba à Kilimall, les places de marché numériques sont en plein essor
  • Banque et finance : Bank of China et l’ICBC investissent dans l’architecture financière du continent, facilitant ainsi le commerce transfrontalier
  • Le chemin de fer Mombasa-Nairobi au Kenya, financé par la Chine dans le cadre de la BRI, a réduit les temps de transport et stimulé le commerce régional.

Top 5 des pays africains ayant des partenariats avec la Chine :

1️⃣Afrique du Sud (Plus de 1100 entreprises)
2️⃣Nigeria (Plus de 920 entreprises)
3️⃣Zambie (Plus de 750 entreprises)
4️⃣Ethiopie (Plus de 600 entreprises)
5️⃣Kenya (Plus de 500 entreprises)

Influence chinoise en Afrique
Cette carte de l’influence de Kasi Insight met en évidence non seulement des chiffres, mais aussi un partenariat croissant qui façonne l’avenir de l’économie africaine.

Bien que l’influence chinoise et russe puisse offrir des opportunités de développement économique pour l’Afrique, elle soulève également des préoccupations quant à la dépendance accrue envers ces puissances étrangères. Les critiques pointent du doigt les pratiques commerciales parfois prédatrices, les conditions de travail contestables et les conséquences environnementales des projets chinois. De plus, l’engagement russe suscite des inquiétudes concernant la sécurité régionale, notamment en raison de la fourniture d’armes à certains gouvernements contestés.

Invest Afrique Rédaction Invest et iremos

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